[TEST] Mafia 3 : welcome to New Bordeaux

Chaque jeu développé par Rockstar est attendu par des millions de joueurs. A chaque fois. Il n’y a qu’à voir l’engouement récent suscité par l’annonce de Red Dead Redemption 2 pour voir à quel point l’éditeur fait toujours recette. Six ans après la sortie du deuxième opus, la saga Mafia revient enfin. Avec quel succès ?

Bienvenue à La Nouvelle Orléans

Pour ce troisième épisode, on délaisse la mafia italienne contée dans les deux premiers épisodes pour plonger au coeur de New Bordeaux, en 1968. La ville est une version fictive de La Nouvelle Orléans. Le cadre nous amène à la fin de la guerre du Vietnam, à une époque où la ségrégation raciale est plus forte que jamais. C’est dans ce contexte que débute l’aventure, nous glissant dans la peau de Lincoln, un jeune noir qui fait tout juste son retour sur le sol américain après avoir servi dans l’armée.

D’entrée de jeu, on comprend que la narration est un des points forts de Mafia 3. Le prologue est en ce sens un modèle du jeu, puisqu’il nous propose de découvrir l’aventure de Lincoln des années plus tard, par le biais des témoignages qui nous glissent ensuite dans des flashbacks jouables. Un peu à la manière de True Detective, qui nous contait les aventures des deux protagonistes en suivant leur interview au poste de police. On commence alors à découvrir un personnage impliqué dans un très gros braquage, mis en place avec différents personnages que l’on découvre par le biais d’autres retours en arrière.

Vis ma vie de parrain du crime

La qualité de l’écriture des personnages secondaires est la vraie force du titre. Chacun est développé à la perfection et apporte sa pierre à l’édifice qu’est Mafia 3. Malheureusement, Lincoln n’a pas bénéficié du même traitement. On découvre assez tôt dans l’aventure qu’il se fait trahir, et tout le scénario du jeu va alors être orienté par une quête de vengeance brute, presque animale. Mais alors qu’on trouvait le concept de cette vengeance de sang froid intéressante, le personnage ne se développe pas du tout dans le sens qu’il faudrait. Au final, Lincoln se transforme bien vite en gangster basique assoiffé de pouvoir, et son seul objectif – et le notre – va être de contrôler toute la ville de New Bordeaux. C’est réellement dommage, car cela nuit vraiment au plaisir de jeu.

Le second point qui nuit énormément au titre, c’est le fait que la narration soit beaucoup trop diluée dans le contenu proposé par Rockstar. Alors qu’un titre comme GTA V réussit à proposer une plâtrée de missions principales et secondaires tout en conservant un véritable fil rouge intéressant, on a ici beaucoup trop l’impression de jouer sans vraiment d’intérêt, en attendant simplement la prochaine cut scene qui fera avancer le scénar’. La faute à une architecture de jeu beaucoup trop lisse au fil de l’aventure. C’est toujours la même rengaine : pour atteindre le grand méchant, il va falloir faire tomber un à un ses lieutenants. Pour cela, l’idée est de les faire sortir de leur tanière en foutant un maximum de boxon dans leurs activités illégales : libérer les filles d’un bordel pour faire sortir le mac, ou détruire des labos pour que le chef des dealers pointe le bout de son nez. Si on trouve ça très sympa en début de partie, la reprise de ces éléments apporte inévitablement son lot de lassitude, et c’est réellement dommage.

Un gameplay bien pensé

Car à côté de cela, le taff est fait à la perfection ou presque. L’ambiance de la ville de New Bordeaux et de cette époque est retranscrite à la perfection. Le racisme à l’égard d’un Lincoln noir est retranscrit admirablement bien, et nous permet de nous rendre compte de la folie qui régnait en ces temps pas si lointains que cela. Les développeurs ont réussi à coder la haine des gens de certains quartiers, certains commerçants n’hésitant pas à nous chasser lorsqu’on passe un pied dans leur établissement, par exemple. Les différentes radios du jeu, toutes traduites en Français, permettent également de s’imprégner de ce qu’il se passe autour, créant un véritable background de qualité.

Le gameplay est lui aussi de très bonne qualité, quel que soit l’aspect abordé. L’un des premiers points critique réside dans la conduite, qu’on a trouvé vraiment sympa, avec ce côté arcade très prononcé permettant de faire de gigantesques dérapages sur des virages pris à 90 degrés. C’est vraiment très agréable. Les gunfights sont aussi très bien fichus, avec un système de couverture classique mais bien pensé. On aurait aimé que le changement d’une planque à un autre soit plus efficace (comme dans The Division par exemple), mais c’est pinailler. Le vrai point intéressant vient du gameplay basé sur l’infiltration, qui est réellement bien fichu.

Une couille dans le bayou

C’est toutefois à ce moment qu’on se rend le plus compte des énormes lacunes du jeu en termes d’intelligence artificielle. L’IA des ennemis est en effet totalement foireuse : ils suivent absolument tous la même routine, viendront un à un à l’angle où vous êtes cachés et ce malgré la pile de cadavres qui s’amoncellent, ne tenterons jamais de vous prendre à revers… C’est un vrai point noir qui dessert beaucoup le jeu, et on sent que les équipes de développement n’ont pas mis autant de temps à faire cela qu’il aurait fallu.

Ce manque de finition est assez général à vrai dire. Graphiquement, le jeu alterne également entre le sublime et le simplement bon. Côté franches réussites, on pourrait parler durant des heures de la modélisation des visages des personnages, tout simplement splendides. On retrouve une véritable faculté à faire passer des émotions dans les regards et les mimiques des gens, et on sent que les types qui avaient pondu L.A. Noire à l’époque ne sont pas loin. En revanche, en face, on a parfois droit à des décors pas franchement finis, à quelques bugs d’affichage et autres textures moyennes. Là encore, quelques mois de développement de plus n’auraient sans doute pas été de trop.

Mafia 3 se pose comme un très bon jeu, mais il n’est malheureusement pas aussi exceptionnel qu’il aurait du être. Avec une trame scénaristique malheureusement noyée dans une répétitivité des tâches trop poussée, un manque d’activités annexes qui aurait donné envie de se plonger dans cette ville de New Bordeaux et quelques soucis techniques, on est loin du sans faute. Malgré tout, l’expérience proposée par Rockstar est tout sauf mauvaise, et on prend quand même pas mal de plaisir durant la trentaine d’heures nécessaire à boucler l’aventure. Idéal à choper d’occasion pour une période un peu moins faste. 

Mafia 3

47,76
Mafia 3
7

Note globale

7.0/10

Taboulé

Créateur et rédacteur en chef du site.

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